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| ====== A' | ====== A' | ||
| - | A' | + | Ce lieu de culte, jadis majestueux, se dresse |
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| - | Malgré son état de délabrement, | ||
| + | A’ n’ L’lth’ - parfois appelé le " | ||
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| + | Selon Peyrii-des-Grandes-Plaines, | ||
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| + | Voici une légende tirée du « Livre des Chants d’Aladhel », Temple du Nuage. | ||
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| + | « En des temps très anciens, Hu-Llivanii leva les yeux vers le ciel et vit l’étoile mortelle. Il rassembla ses frères, les exhorta à le suivre au-delà du grand océan noir pour peupler un nouveau monde. | ||
| + | Ils bâtirent les grandes vihanas, au nombre de mille, et s’élevèrent au-delà des sphères pour l’exode […] | ||
| + | Eeg Oon Z’ Aaz Than trouva une île merveilleuse où HuLlivanii pourrait prospérer. Mais, tandis que lui/elle souhaitait ici mettre un terme à ce long voyage, eux/elles voulaient poursuivre. | ||
| + | Il y eu querelle. Les esprits [des pierres lévitantes] du vaisseau d’EOZAT se rebellèrent et se dispersèrent tandis que s’effondrait la vihana. | ||
| + | Là, EOZAT bâtit la Première Cité. Il parla aux pierres éparses, finalement les rassembla et les disposa en cercle, leur demanda de devenir les gardiennes du nouveau Jardin. | ||
| + | Il mourut, fut enseveli dans un grand tombeau, qui sera un temple où, durant sept générations vihaniques, seront adorées les quatre matières originelles de l’univers. | ||
| + | Ne parvenant pas à maîtriser les Pierres, les fils/filles d’EOZAT les dispersèrent et ils/elles abandonnèrent la Première Cité, qui sombra dans l’oubli. | ||
| + | De ce lieu HuLlivanii conserva le souvenir sous le nom de A’ n’ L’lth’, le Jardin des Pierres. » | ||
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| + | Traduction de Peyrii de la Grande Plaine, 786. | ||
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| + | **À propos de ce texte** | ||
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| + | Ce récit, qui appartient autant à la légende qu’à l’Histoire, | ||
| + | Le scribe estime que cette légende est fondamentale pour la compréhension de l’histoire de la cité quatre fois sainte, car elle place celle-ci [l’histoire] dans un contexte plus large que celui auquel nous sommes habitués. Bien sûr, les travaux de Peyrii ont fait l’objet de nombreuses contestations, | ||
| + | Peyrii de la Grande Plaine était un linguiste renommé en son temps. En plus de maîtriser la [langue] commune parfaitement, | ||
| + | Une note rédigée en parallèle à l’étude susnommée précise que : « le kaserii employé dans ce texte ne possède plus aucune de ces subtilités de langage qui existent dans le Livre d’Aladhel, | ||
| + | En effet, comme le précise encore Peyrii, lorsqu’on discute à propos du (ou des) livre(s) d’Aladhel et des nombreux Commentaires & Additions, ce n’est pas en centaines d’années qu’il nous faut réfléchir, | ||
| + | Ces nombres qui nous plongent dans la profondeur des temps ne cadrent pas exactement avec le récit historique du Châtiment, qui a vu la destruction de l’antique Tanith Lenath, précédant la naissance de Laelith, qui remonte à un peu plus d’un millénaire. Même si, pour cette histoire, nous ne sommes pas à quelques dizaines d’années près, la fondation de la Cité par Eozat n’est pas du tout à la même époque. Et pour cause ! Nous sommes ici en présence des HuLivanii, que seuls quelques rares érudits qui étudient à Laelith connaissent, | ||
| + | Ceux qui ont eu le loisir de voyager au plus loin, à l’autre bout du Lac, et visiter l’Egonzathan, | ||
| + | Peyrii, qui a longtemps étudié ces textes, comme nous l’avons précisé plus haut, affirme que les HuLlivanii ont dominé l’univers durant des dizaines de millions d’années… Précisons que le scribe était un homme très sage, pas du tout porté sur l’usage de certaines herbes à pipe, et ne préférant pour boisson que de la bonne bière consommée de manière discrète et amicale. Et il savait faire la différence entre centaines, milliers et millions… | ||
| + | L’écriture kaserii, même tardive, selon les dires de Peyrii, ne peut en aucun cas porter à confusion dans ce domaine. « C’est une langue logique, concise, efficace et redoutablement précise. Elle ne comporte que trois temps, le passé, l’actuel et le futur, laissant l’usage du conditionnel et autres ajustements temporels à des signes distinctifs qui guident le locuteur dans ces nuances… […] Son alphabet est, lui-même, composé que d’une vingtaine de signes – de 20 à 24 suivant les usages – mais typiquement de 22 lettres pour le kaserii dit “classique”, | ||
| + | Plus loin, le scribe ajoute : « les lettres du kaserii ne servent pas qu’à décrire des mots et élaborer la penser par l’écriture, | ||
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| + | Cette digression sur le kaserii est importante, car elle va permettre d’expliquer, | ||
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| + | Revenons à Peyrii de la Grande Plaine, et à son étude sur ce sujet. | ||
| + | La légende dite du Jardin des Pierres ne remet pas en cause les autres théories concernant l’origine des Lithos, l’existence dans le passé de Tanith Lenath, le Châtiment et l’histoire de la création de Laelith. Bien au contraire, celle-ci s’inscrit parfaitement dans ce récit et lui apporte une profondeur peu connue. Comme aime à le dire Peyrii, cette légende « est une des facettes de notre histoire, qui en comporte de multiples ». | ||
| + | Mais le scribe ne va pas hésiter à bousculer bon nombre de nos certitudes et croyances à ce sujet. Rappelons que ce dernier n’a jamais été un religieux, comme toute la Maison Peyrii dans l’histoire de Laelith, même si leurs liens avec le Nuage ont toujours été très étroits, mais uniquement sur un plan culturel et érudit et non cultuel. Rappelons aussi que cette Maison (ou famille, dynastie) est l’une des plus anciennes de la cité quatre fois sainte, bien que peu connue du public. | ||
| + | Selon les études des Peyriis (de la Grande Plaine et d’autres…), | ||
| + | « Nous avons sous les yeux, plusieurs témoignages de leur histoire. Ils se dressent encore fièrement dans les murs de notre cité… » | ||
| + | En effet, trois sites majeurs, toujours visibles, sont attribués, par Peyrii, aux HuLlivanii. Le plus réputé d’entre eux est le Temple du Nuage, même si ce bâtiment a connu de très nombreuses restaurations depuis son origine ; les ruines, dites du Temple des Anciens, sont le second site désigné dans cette appartenance hullivanii. Le troisième est la Place des 7 Royaumes, sur la Terrasse de la Main-qui-Travaille. Peyrii ajoute que d’autres vestiges hullivanii existent encore dans la ville, mais moins visibles. Il cite, entre autres, le Quai de l’Antiquaille, | ||
| + | Et le Jardin des Pierres ? Eh bien, ce site ne figure pas dans la liste de Peyrii ! | ||
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| + | Les scribes Peyriis ont, depuis l’origine de la cité, dressé les plans de celle-ci. Ils sont donc de parfaits connaisseurs de la topographie locale et les témoins de ses évolutions dans le temps. Si même peu de ces documents furent laissés à l’usage du grand public, les hiérarques les avaient sous les yeux. Nous pouvons signaler l’existence du Grand cadastre, qui est disposé dans l’une des salles du Palais du Roi-Dieu, ou les fameux plans qui furent diffusés durant le règne de Teaphanerys XIV et dont l’usage a perduré jusqu’à nos jours. Mais, sur aucun de ces plans, aussi détaillés soient-ils, le Jardin des Pierres ne figure. Certains pensent que celui-ci pourrait être, en fait, le Jardin du Dénuement, mais rien ne vient corroborer cette hypothèse, car ce lieu a toujours porté ce nom depuis longtemps. D’autres voyaient le Jardin des Pierres dans l’une des cours du Palais du Roi-Dieu, mais là encore, rien ne permet de confirmer son existence au sein de cette noble résidence, même si celle-ci fût mainte fois modifiée durant son histoire. À propos de ce bâtiment, Peyrii mentionne l’existence du Vieux Mur, qui serait, selon son analyse, un vestige hullivanii très antérieur au palais lui-même. | ||
| + | Nous avons beau chercher sur tous les plans existants, anciens ou actuels, de la ville, de Jardin des Pierres il n’y a point ! Et pour cause ! Peyrii de la Grande Plaine nous confirme : | ||
| + | « A’ n’ L’lth’ n’est pas un jardin dans la cité, mais le site de la ville elle-même, et bien au-delà de ses limites actuelles. L’ A’ n’ L’lth’ (aL Anen al Lilith), selon Peyrii, recouvre un territoire d’environ 28 milles de diamètre, correspondant à l’Egonzathan Céleste, telle qu’elle est décrite dans le Livre d’Aladhel. Le centre de ce cercle se trouvant à l’emplacement du Temple des Anciens. | ||
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| + | Revenons, avant de poursuivre notre investigation archéologique, | ||
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| + | « Loin au-dessus de nous, les étoiles brillent et meurent, perdues dans l’immensité de la galaxie. | ||
| + | Pour échapper à la solitude du vide, certaines ont forgé des liens avec quelques-unes de leurs sœurs au moyen de courants cosmiques puissants. Les groupes ainsi constitués, | ||
| + | (Extrait du livre des Origines des Lithos et du Lithoracle – Canon officiel) | ||
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| + | Le Livre d’Aladhel décrit à peu près les mêmes événements (voir au début), à savoir une Présence dans les étoiles, la mort de certaines, les liens qui existent entre elles malgré des distances effroyables, | ||
| + | Plus loin, dans le livre des Origines des Lithos et du Lithoracle, nous pouvons lire : | ||
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| + | « Il y a très longtemps, sur un monde lointain, vivait une entité appelée Ûra. Elle avait donné vie à de nombreux enfants et consacré sa très longue existence à l’observation des cieux. Sans jamais quitter son monde d’origine, | ||
| + | (Extrait des Origines des Lithos et du Lithoracle – Canon officiel) | ||
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| + | Le Livre d’Aladhel nous décrit de manière similaire cette quête galactique, avec les voyageurs d’outre-espace et les nefs (arches) dans l’immensité du vide. La vision du narrateur diffère cependant puisqu’ici, | ||
| + | Le Livre d’Aladhel est d’origine nettement plus ancienne et n’appartient pas à la tradition classique laelithienne. Seul le Temple du Nuage le considère dans son corpus liturgique, et uniquement lors des liturgies avec les threnodes. Nous verrons pourquoi un peu plus loin. Ce livre appartient à la tradition hullivanii (ou huvalinienne) ; c’est pourquoi il est très peu connu à Laelith. Ce n’est que depuis les récentes réformes liturgiques du Nuage menées par la grande prêtresse Inamaka Mahpiua, au début du règne de Nin 1er, avec le retour des threnodes alors exilés en Egonzathan, que le Livre d’Aladhel est replacé dans un contexte cultuel. Il vient s’ajouter aux lectures et chants traditionnels et non les remplacer. | ||
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| + | Astinas Alewens, un historien de Laelith, a décrit, dans ses ouvrages et les Annales du Temple du Nuage, fort peu connue pour cette dernière, les threnodes et la liturgie qui leur était attachée. D’autres chroniqueurs ont également mentionné leur présence. Mais les troubles violents des années 789 et suivantes, ont effacé pour un temps ces souvenirs historiques. | ||
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| + | Pour expliquer le Jardin des Pierres, il est nécessaire de comprendre le fondement même de l’existence de Laelith. | ||
| + | Je vous propose ce long article, que j’ai pu consulter à la bibliothèque du Temple du Nuage : | ||
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| + | **Les Threnodes du Temple du Nuage de Laelith** | ||
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| + | Parmi les quatre temples de Laelith, celui du Nuage a une place à part. Bien sûr, chaque adepte de l’un des autres temples dira que le sien a aussi « une place à part », mais il faut reconnaître que le Nuage a, par son histoire et sa doctrine religieuse, un « petit quelque chose » que n’ont pas les autres temples. | ||
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| + | Le temple [du Nuage], tel que nous le voyons de nos jours, est le résultat de nombreuses restaurations et embellissements successifs, mais sa structure est très ancienne. C’est l’un des très rares monuments de l’antique Tanith Lenath à être encore debout – sinon le seul – et qui connaît un usage permanent. | ||
| + | Si nous observons, sur un plan de la ville, la disposition et la forme de certaines structures, une certaine ressemblance existe entre le Temple du Nuage sur la terrasse du même nom, le Temple des Anciens, ruines imposantes et inquiétantes qui dominent la Terrasse du Châtiment non moins sinistre, et l’industrieuse place des Sept Royaumes de la Main-qui-Travaille. Ces trois éléments urbains présentent une forme circulaire évidente. Le Temple du Nuage avec la place du Nuage Neuf et le Croissant, et les bâtisses du quartier alentour ; le Temple des Anciens et ses cercles concentriques en ruines ; la Place des Sept Royaumes, bien circulaire elle aussi et le plan en arc de cercle des constructions qui la bordent sur une distance parfois importante, et la Travée des Métiers qui file en ligne droite dans un quartier à l’urbanisme bien chaotique par ailleurs. Cela est bien mis en évidence sur le plan du cadastre dressé par les Peyrii durant le règne de Teaphanerys XIV, puis repris sous Nin Ier. | ||
| + | Des historiens, dont Astinas Alewens, expliquent que ces structures sont des vestiges évidents de l’antique cité détruite par le Châtiment, au même titre que l’Échelle des Mille Marches ou le Quai de l’Antiquaille, | ||
| + | Les trois structures dont nous parlons ici sont, chacune, dans un état de conservation différent. La Place des Sept Royaumes s’est bâtie sur les bases d’un édifice aujourd’hui totalement disparu mais dont les traces subsistent encore dans le parcellaire et quelques murs porteurs de certaines échoppes d’artisans ; ceux-ci sont toutefois fortement remaniés et ensevelis dans les constructions de tous âges. | ||
| + | Le Temple des Anciens est encore bien visible mais la structure est totalement ruinée et dangereuse. Là où il est situé, les gens ne se sont pas bousculés pour l’explorer… | ||
| + | Le Temple du Nuage est le bâtiment qui a le mieux survécu, ou du moins qui a été le plus maintenu au prix de nombreuses et subtiles restaurations. En effet, toujours selon Astinas Alewens, ce que nous voyons aujourd’hui du temple n’est que la structure centrale d’un édifice autrefois bien plus vaste, dont le souvenir se retrouve dans le parcellaire environnant. | ||
| + | La destination primitive de ces trois structures nous est inconnue. Il est vraisemblable que le Temple du Nuage n’a pris sa fonction liturgique qu’après le Châtiment. La dénomination « temple des Anciens » est aussi moderne, c’est-à-dire datant des premiers temps de Laelith. | ||
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| + | Revenons au Nuage et au Threnodes. | ||
| + | Astinas Alewens relate, dans l’un de ses ouvrages consacrés à cette partie de Laelith, la présence de « chanteurs-marcheurs » qui déambulaient dans les ruines d’un édifice mis à terre par le cataclysme. C’est l’évidence que les Threnodes, ou Mélopistes, | ||
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| + | **Qui sont ces Threnodes ?** | ||
| + | En fait, l’histoire officielle de Laelith ne les mentionne guère, hormis Astinas Alewens dans ses ouvrages ou les Annales du Temple du Nuage, que peu de personnes consultent. | ||
| + | Il existe, cependant, une personne dont la famille est établie à Laelith depuis des lustres, et qui possède des informations capitales à ce sujet, c’est le scribe Peyrii dit « de la Grande Plaine », héritier de la dynastie des cartographes Peyrii, tenant un Atelier de Géographie & de Typographie situé dans une cour près de l’Échelle de la Manécanterie, | ||
| + | L’évidence de l’antiquité des Threnodes est là, sur ce plan. Également, Peyrii rapprochait leur présence avec celles des Huvaliniens, | ||
| + | Peyrii me fit aussi une révélation, | ||
| + | Autant dire que j’étais abasourdi en sortant de chez Peyrii. Finalement, j’avais du mal à le croire, tant cela me paraissait impossible. Affabulations ? Délires d’un vieil homme qui, pourtant, n’avait l’air de perdre la tête ni de fréquenter à outrance les taberges de son quartier ? Ou alors, une certaine vérité dans ses propos ? | ||
| + | Je n’osai imaginer la réalité d’une cité de 27 milles de diamètre, lévitant dans les airs. | ||
| + | Et je me gardai bien de répéter à quiconque ces propos incroyables ! | ||
| + | Pourtant, il fallait que j’en sache plus, pour ma curiosité personnelle avant tout. | ||
| + | Impossible de fouiller chez les Peyrii, aussi je misais sur des recherches dans les bibliothèques, | ||
| + | Il m’a fallu trois ans pour obtenir quelques réponses. Peyrii n’était pas si fou que cela ! En effet, plusieurs ouvrages anciens, dont même ceux de Astinas Alewens, décrivent les dimensions imposantes concernant Tanith Lenath, proches de celles qui étaint évoquées par le scribe cartographe. Et, si peu de descriptions mentionnaient la lévitation proprement dite, toutes s’accordaient à dire que la cité était « très élevée et qu’il fallait, pour y accéder, emprunter des rampes ou des escaliers monumentaux, | ||
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| + | « … au centre d’ycelle se dressoit la tour des Lévitans, entourée de canaux et de jardins luxurians où le grand Arbre sacré des Vihanas avait la place d’honneur… | ||
| + | … La Cité se mouvoit lentement, à fins que les Levitans aient la surveyance des Pays qu’ils administrent. Pour cela les Esclaves sans Vision marchoient en psalmodiant les estranges melopés dans les tréfonds de la Cité, se tenant par la main et revestus du Casque des Fluydes Estranges. Ils étoient des centaines et des milliers à avancer en cercle dans les Profondeurs, | ||
| + | Un jour cependant, las, les Esclaves s’etoient revoltés contre les Maistres Levitans et arresterent leur lente peregrination chantée. | ||
| + | La Cité tomba & la colère se déchaisna soudaine & violente, brisant les murs et renversant les Palais & les Monumens. Les Murailles s’effondrèrent, | ||
| + | Le Sol se mit à trembler avec grande force & fracas et la Terre se soulevoit soudainement, | ||
| + | //La Chute prodigieuse de la Cité des Levitans.// | ||
| + | D’après un manuscrit des Anciens Temps. Temple du Nuage. | ||
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| + | Les Threnodes étaient donc, selon ce texte ancien que nous avons reproduit sans en modifier le style daté, une population humaine tenue en esclavage par les Maîtres Lévitants, c’est-à-dire les Huvalinens, ou HuLlivanii. | ||
| + | Une révolte puissante provoqua la chute de la cité. En effet, il ressort que les esclaves permettaient de maintenir la cité en lévitation par leur marche lente, chantante, et le port d’un casque relié à un fluide « étrange », dit aussi « fluide threnodique ». En fait, tout cela aurait pu apparaître comme étant de la légende ou du conte et non des faits réels. Jusqu’au retour en grâce des Thrénodes dans la liturgie du Nuage, depuis qu’Inamaka Mahpyua est devenue Grande prêtresse du Nuage et en a réformé la liturgie pour revenir aux sources de celle-ci. | ||
| + | Ce qui ne s’est pas fait dans le calme et la sérénité au sein du clergé nuagique, loin s’en faut ! | ||
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| + | Mais l’histoire relatée dans ce manuscrit ne cadre pas avec l’Histoire officielle, qui dit qu’en -1200, à l’emplacement de l’actuelle Laelith, Tanith Lenath n’est qu’une très modeste bourgade dont la description ne ressemble en rien à une grande cité lévitante de 28 milles de diamètre, aux palais nombreux. Cf. les ouvrages du Canon officiel. | ||
| + | Deux histoires totalement contradictoires dont l’une proclame que Tanith Lenath serait une cité hullivanii, bâtie sur le modèle de l’Egonzathan-la-Célèste d’Hu-Llivan, | ||
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| + | Selon Peyrii, ces deux histoires n’ont font qu’une mais c’est la chronologie qui est prise en défaut car totalement absente du premier texte manuscrit. | ||
| + | Pour le scribe, la Tanith Lenath des Lévitants est beaucoup plus ancienne que la Tanith-Lenath de l’Histoire officielle. | ||
| + | « Ce sont deux cités que près de 20.000 ans séparent ; la première, celle des HuLlivanii, s’est effondrée à la suite de la révolte des esclaves threnodes, entraînant de fait ruines et désolation, | ||
| + | Pendant longtemps, le site de la Tanith Lenath lévitante est resté inhabité, sauf par les descendants des Threnodes et de quelques habitants humains de l’antique cité, les premiers gardant dans leur mémoire collective le souvenir d’une vie d’hommes non libres, soumis à la violence de maîtres puissants et venus d’un autre monde, tandis qu’ils relevaient aussi les beauté d’une civilisation très ancienne, faisant de celle-ci une religion dérivée du culte vihanique d’Aladhel le Dieu Unique. Ce qui sera la base de nombreux problèmes futurs… | ||
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| + | Les Humains vont peupler le site de l’antique Tanith Lenath et, progressivement, | ||
| + | Parmi les vestiges de l’Effondrée (ainsi est nommé de qui reste de la cité lévitante tombée au sol), trois bâtiments se dressent encore, qui sont progressivement dégagés des décombres. Trois tours circulaires, | ||
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| + | En -700, selon la chronologie officielle, Tanith-Lenath est fondée et devient une vraie cité prospère. En fait, il s’agit de la seconde Tanith Lenath bâtie sur ce site. Elle deviendra par la suite Laelith, mais là, vous connaissez l’Histoire ! | ||
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| + | Le cataclysme décrit dans le manuscrit cité ci-dessus – et dans le Canon officiel –, à la suite de l’effondrement de la cité antique, n’est qu’un « raccourci » entre deux époques : la chute de la cité lévitante, qui fut sans aucun doute catastrophique, | ||
| + | |||
| + | L’histoire officielle n’apporte guère de précision quant à la présence des Threnodes à Laelith et plus particulièrement au Temple du Nuage. De même, nous n’avons aucune information sur la liturgie pratiquée alors, mais nous pouvons supposer que celle-ci était proche de celle qui est entrée en vigueur lors de la réforme promue récemment par Inamaka Mahpyua à l’avènement de Nin Ier. | ||
| + | |||
| + | L’élément de rupture se situe en 789, et même un peu avant. Une grave crise politique, sociale et religieuse secoue Laelith, au risque de détruire le sentiment d’unité qui pouvait prévaloir. Les prémices sont anciennes : la lutte pour le pouvoir entre le Palais et les Temples, au sein des | ||
| + | Temples eux-mêmes, dans les couloirs du Palais… et les ennemis extérieurs qui veillent… | ||
| + | Depuis longtemps (vers 640), deux dynasties de souverains divins se partagent le pouvoir, les Tokinafal et les Teaphanerys. Mais nous parlerons ici de Tokinafal VII, dit le lacustre, qui a régné entre 789 et 794. Cependant, son prédécesseur, | ||
| + | La situation à Laelith était, dès le début des années 780, difficiles à tous points de vue malgré une certaine prospérité de la ville sainte. Crise sociale due à des inégalités de plus en plus marquées entre le « bas-peuple » et les aristocrates de la cité et la pression des marchands pour augmenter les prix des denrées indispensables ; crise politique avec des tensions permanentes au Palais ; crise religieuse au sein des Temples et plus particulièrement au Nuage, qui va avoir de lourdes conséquences pour les siècles suivants. | ||
| + | On sait que la tentation d’imposer un culte monothéiste est récurrent dans l’histoire de Laelith, en opposition totale avec le culte des Quatre Éléments, et que les HuLlivanii ont longtemps été les promoteurs de cette vision divine, puisqu’ils sont adorateurs d’un dieu unique, Aladhel. Mais les HuLlivanii sont, depuis très longtemps, absents de Laelith, et même leurs cousins | ||
| + | Zadhuliens ne vivent pas ici. Pourtant, même éloignés à l’autre bout des Provinces, ces | ||
| + | Lévitants d’un autre temps exercent une certaine influence sur le Nuage, par l’intermédiaire des Threnodes regroupés en Collège. La liturgie du Nuage, avant 780, demeure empreinte d’une histoire ancienne, sous couvert des Cultes de l’Air. Le clergé est sans cesse tiraillé entre le respect d’une tradition ancestrale et d’une nécessité de réforme visant à écarter les Threnodes de la liturgie pour enrayer toute tentative de dérive monothéiste. | ||
| + | En 789, la crise éclate dans la ville : émeutes, pillages… chaque faction en lice se bat pour sa « cause » : le peuple veut manger à sa faim et ne plus payer ces taxes innombrables qui pleuvent à tour de bras, les aristocrates ne veulent pas céder un pouce de leurs prérogatives séculaires, | ||
| + | Quant au Palais, c’est la faiblesse du pouvoir qui permet cette explosion de colère aux multiples sources. | ||
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| + | **Le Nuage, responsable des troubles ?** | ||
| + | Comme nous l’avons indiqué plus haut, la tentation monothéiste a toujours été forte au Nuage, et c’est sous le règne de Tokinafal VII qu’une hérésie faillit prendre une ampleur sans précédent. Le Culte du Sans-Nom n’est pas sans rappeler celui de l’Unique prôné par les HuLlivanii depuis des temps oubliés. Mais le culte du Sans-Nom n’a pas grand-chose à voir avec la symbolique d’Aladhel et sa grâce en hommage à la Nature et à l’Univers. L’hérésie de Son-Tô se révèle un peu plus cruelle et surtout destinée à renforcer le pouvoir personnel de ce personnage qui finira ses jours, tragiquement, | ||
| + | Deux versions existent : l’une affirme que ce sont les Threnodes eux-mêmes qui décident de quitter Laelith, emportant avec eux livres et objets sacrés, dont des tuyaux du Tegelthan ; une autre dit que les mélopistes « trois-notes » ont été jetés hors du temple à coups de pied aux fesses… De fait, durant l’année 794, il y a des dizaines de Threnodes assassinés et leur manécanterie (située dans l’échelle du même nom) incendiée. | ||
| + | Une fois le Temple orphelin de ses marcheurs-chanteurs, | ||
| + | Les Sphères des Liturgies ascensionnelles demeuraient dans leurs tunnels pour plusieurs siècles et le Tegelthan muet. | ||
| + | |||
| + | À la fin de cette période, dans les années 798-810, le Nuage doit se relever car les dégâts sont très importants, tant pour le culte lui-même que sur le bâtiment. Une campagne de restauration permet au Temple de reprendre rapidement des liturgies adaptées en l’absence de ce qui en faisait son essence. Pour remplacer les Sphères devenues inutilisables depuis le départ des Threnodes, un ingénieux système de plateformes est conçu afin de recréer un semblant de liturgies aériennes. Pour ce faire, un vaste mécanisme est installé dans le Puits des Sphères et huit piles, dites de Dodzeer (du nom de l’architecte qui a restauré le temple) sont dressées entre les antiques piles vihaniques afin de renforcer le dôme et la structure des plateformes mécaniques. Les magnifiques reliefs qui ornent les parois intérieures et extérieures du temple, finement ciselés dans une roche blanche aux veinures bleues, sont enfouies sous un badigeon de mauvaise qualité, sur lequel, en fonction des modes et des époques, des peintures sont réalisées, | ||
| + | Le culte du Nuage est simplifié et nettement renforcé sur l’aspect de l’Élément Air en conformité avec le dogme officiel de la ville sainte. | ||
| + | De plus, « on » s’est empressé de supprimer des textes et des archives toutes références aux Thrénodes et au culte d’Aladhel. Les tunnels des sphères étant murés à la suite des travaux d’installation des plateformes, | ||
| + | |||
| + | C’est au début du règne de Nin Ier que le Nuage va retrouver sa splendeur oubliée sous l’impulsion énergique de la nouvelle Grande prêtresse et le retour des Threnodes et d’une liturgie exceptionnelle en beauté et en profondeur spirituelle. | ||
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| + | Revenons au Jardin des Pierres. | ||
| + | Nous avions compris que celui-ci n’existe pas en tant que tel à Laelith, et que c’est le site géographique qui doit être nommé ainsi. | ||
| + | Le mot Jardin, ici, n’est qu’une approche du mot hullivanii « A’nen » qui pourrait être traduit par : « le pays agréable », ou « le lieu agréable ». | ||
| + | L’ A’ n’ L’lth’ | ||
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| + | <!-- Validated by La Moitié --> | ||
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